Bouzkachi

Parfois, il arrive qu’en voyage, on se sente béni par le dieu de la photographie – car je vois désormais la photographie un peu comme une religion : il faut avoir la foi que quelque chose, à un moment, arrivera. Parce qu’en fin de compte, à plusieurs reprises, il s’agit de ceci : attendre le moment, le reconnaître, composer et prendre la photo avec les bons réglages, s’il n’est pas trop tard.

Ce jeu est appelé Bouzkachi. Le lieu : le lac Song Kol au Kirghizistan.


Cousines

La cuisine est le lieu de rassemblement qui abaisse les barrières linguistiques et culturelles. Un lieu de silence, de paix et de repos où l’on oublie la fatigue et les difficultés du voyage. C’est là que j’ai passé les moments les plus sympathiques et chaleureux du voyage. Par ailleurs, j’aime la façon dont les cuisines varient en fonction de chaque culture.


Reportage de une naissance (I)

J’écris ces quelques lignes, Ariane dort. Pour le moment, elle ne fait que téter et dormir. Son petit visage est emprunt d’une paix que j’espère elle ne perdra jamais. De ses quatre jours de vie, les deux premiers (la moitié de son existence) n’ont pas été faciles. Suite à une infection attrapée pendant sa naissance, des complications respiratoires l’ont menée en réanimation néonatale. Alors qu’Ariane était alimentée par zonde, oxygénée par masque et connectée à des capteurs qui mesuraient son coeur et ses poumons, sa mère, seulement quelques chambres plus loin – mais c’était déjà trop loin pour son amour, sa mère souffrait de son absence. Finalement, Ariane s’est vite remise, les indices respiratoires se sont stabilisés. Dans sa chambre, il y avait d’autres bébés, prématurés, qui étaient là depuis deux mois.

L’histoire d’Ariane et de ma nouvelle vie a commencé avec mon voyage à vélo. Les choses ne sont plus comme avant après la traversée de 43 pays. Quand je me suis lancé, je ne m’attendais pas à cela. Je ne savais pas ce qui m’attendait, mais je sentais que j’étais sur un chemin plein de surprises. Ceux qui ne croient pas en la réincarnation disent qu’ils n’ont qu’une seule vie et que c’est une grande aventure – c’est comme ça que je voulais la vivre.

Je suis parti seul. J’ai tout laissé derrière moi. En enchaînement de rencontres et de décisions m’ont conduit à cela : être époux, père et photographe dans la plus belle ville du monde.

Tous (ou du moins, beaucoup) m’ont dit que maintenant que j’avais une fille il fallait que j’oublis la liberté et l’envie de faire ce que j’aime. Mais cinq ans passés sur un vélo m’ont appris que chaque nouvelle situation, même les plus compliquées, est l’occasion de penser les choses de façon créative, différente du manuel que l’on essaye toujours de nous imposer. Pour moi, Ariane est une source d’amour qui me pousse à être une meilleure personne et un meilleur artiste.

Quand on doit attendre à l’hôpital, déambulant nerveusement, fatigué des couloirs, il y a du temps… Beaucoup de temps. Appareil photo en main, avec seulement un objectif fixe de 35 mm, je ne pouvais faire autrement que de faire naître un reportage photo de tout cela.